Première période : les simulations de combat (1986-1987)

1986

⭐ Renegade (arcade, Technos)

Un jeu important non pas pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il crée : c’est le premier jeu de la très longue série Kunio Kun, appelée River City en occident et qui continue à avoir des nouveaux jeux de nos jours, mais c’est aussi l’origine de la série Double Dragon. Les innovations sont nombreuses : possibilité de frapper à droite ou à gauche avec un bouton dédié à chaque direction, ennemis qui ne meurent pas en un seul coup, multiples coups possibles en fonction des combinaisons de touches, saisies et projections, gestion de multiples adversaires qui peuvent arriver de tous les côtés, navigation en 3 dimensions dans de grandes “arènes” : toutes les bases du gameplay des beat’em up sont posées ici. En revanche, niveau fun, c’est moins ça : les coups de base sont ridicules (les personnages se penchent en avant et frappent comme des enfants de primaire), le feedback des coups est mauvais, et la difficulté très élevée ne permet pas de continuer à la perte d’une vie : je doute que grand-monde ait vu plus loin que le premier niveau. C’est une petite révolution à l’époque, mais il sera surclassé dans tous les domaines par Double Dragon l’année suivante, et sera vite oublié.

Fist 2 The Legend Continues (Commodore 64, Beam Software)

Peut-être inspiré par Karateka et/ou Kung Fu Master, Fist 2 (suite de The Way of the Exploding Fist) récupère le gameplay de son prédécesseur exactement tel quel, et le place dans un jeu d’exploration très rugueux : on est lancé dans une carte très vaste sans savoir où l’on est, on traverse des bâtiments typés Japonais, des jungles et des cavernes sans trop savoir pourquoi, on tabasse des ennemis sans savoir qui ils sont, à la recherche d’on ne sait trop quoi – tout ça est sans doute expliqué dans le manuel, mais je ne l’ai pas trouvé. Le problème principal est que le gameplay ne colle pas : les impacts des coups ne sont pas marqués, ce qui ne posait pas de souci quand une touche arrêtait le combat est beaucoup plus problématique quand il faut descendre la barre de vie de l’adversaire. C’est dommage, parce que le côté exploratoire est plutôt intéressant, mais ces combats mous et brouillons réduisent l’intérêt à néant.

International Karate / World Karate Championship (Commodore 64 / Atari ST, System 3)

International Karate est tout simplement un clone de Exploding Fist sous stéroïdes : beaucoup plus rapide et nerveux, mais aussi un peu plus varié, avec des arrière-plans un peu plus détaillés, et surtout des rounds bonus entre les matchs, complètement repompés de Karate Champ eux aussi. Le gameplay est tout aussi complexe mais aussi un peu plus brouillon, un peu moins précis, et on peut toujours passer à travers les adversaires, ce qui rend certains combats très confus. Aujourd’hui il n’est pas mauvais mais je lui préfère Exploding Fist et ses combats un peu plus posés. J’ai également trouvé un International Karate 2, qui est exactement le même jeu avec d’autres arrière-plans, mais impossible de trouver des informations dessus ; peut-être est-ce un hack ?

Black Belt (Master System, Sega)

Un des nombreux clones de Kung Fu Master / Spartan X, qui ont pullulé avant l’arrivée de Double Dragon, il est tout aussi basique que son inspiration, pire sur certains aspects, mieux sur d’autres, mais c’est dans la moyenne haute des jeux de ce type à l’époque sur les console 8 bits. Le principal point notable, c’est que c’est en fait un reskin d’un jeu Hokuto No Ken, ou Ken le Survivant ! D’où les ennemis qui explosent quand on les frappe, et l’animation de finish des boss (que je n’ai pas réussi à battre). Ces boss utilisent d’ailleurs un gameplay légèrement différents des niveaux tout en conservant une base identique, et sont totalement injustes puisqu’ils nous font beaucoup plus mal que nous. Aujourd’hui c’est certes très basique, mais il y a un petit quelque chose qui fait qu’on accroche quand-même, bien que ce soit peut-être mon amour pour la Master System qui parle.

Body Slam (arcade, Sega)

Un jeu de catch avec une particularité c’est du catch féminin ! On peut choisir entre 2 équipes puis composer une équipe de 2 lutteuses parmi 4. Niveau gameplay c’est très proche de Mat Mania, avec frappes, projections dans les cordes, etc, plus le changement de lutteur vu dans The Big Pro Wrestling, trois ans plus tôt. Si vous aimez Mat Mania vous aimerez probablement Body Slam, en tout cas vu de loin c’est vraiment très proche. Il me semble plutôt honnête encore aujourd’hui, mais je ne suis pas un grand fan du genre.


1987

⭐ Street Fighter (arcade, Capcom)

Tout comme Renegade pour les beat’em up, Street Fighter pose les premières bases des jeux de combat à un contre un, mais en ratant leur implémentation. Tout ce qui a été vu sur Yie Ar Kung Fu est présent, et Street Fighter y ajoute des blocages en appuyant simplement sur “arrière” comme dans Karate Champ, des arrière-plans variés et “liés” à chaque adversaire, des coups spéciaux comme les célèbres hadouken de Ryu que l’on effectue avec des combinaisons de touches et de directions, les contrôles à 6 boutons (3 variations de coups de poing et de pied, même si la première version utilisait 2 boutons pneumatiques pour des frappes plus ou moins puissantes en fonction de la force appliquée sur le bouton, ce qui sera bien vite abandonné), et la possibilité pour un second joueur de s’imposer à n’importe quel moment, même si le choix de joueurs est très limité avec seulement deux clones. C’est le premier jeu de combat qui a un fonctionnement et un gameplay un peu proche de ce qu’on attend aujourd’hui, bien qu’il soit très raide, les animations pas terribles malgré les grands sprites, et les contrôles assez aléatoires : les coups spéciaux ne sortent pas de manière fiable. Capcom, fondé à peine 4 ans auparavant, est encore loin d’être le monstre de l’arcade que l’on connaîtra quelques années après, et Street Fighter se fera tellement éclipser par Double Dragon que sa suite se transformera en beat’em up : Final Fight. Son succès en salle d’arcade est modéré, probablement impacté par l’échec de la première version “pneumatique” ; aujourd’hui il est assez médiocre.

⭐ Double Dragon (arcade, Technos)

C’est tout simplement le modèle sur lequel la quasi-totalité des beat’em up se basent depuis : il y a très clairement un avant et un après Double Dragon. Reprenez la description de Renegade un peu plus haut, et ajoutez-y des sprites et des arrière-plans détaillés, des niveaux vastes et complexes (pour l’époque), des ennemis variés avec des comportements différents, la possibilité d’utiliser les armes ennemies, une progression qui alterne avancée et verrouillage dans une arène avec des ennemis qui arrivent progressivement, des boss de milieu et de fin de zone, et surtout la possibilité de jouer à 2 joueurs en mode coopératif ! Fun, dynamique, nerveux, son plus gros problème est au niveau technique : il y a de très nombreux ralentissements, parfois assez gênants. Il est encore plutôt sympathique aujourd’hui si vous arrivez à passer outre ce défaut, ou que vous utilisez un émulateur qui les élimine.

International Karate+ / Chop n Drop (Commodore 64, System 3)

IK+ se base sur une idée simple : un jeu de combat, mais à trois. Il reprend et surtout enrichit le gameplay de son prédécesseur avec de nombreux nouveaux mouvements, et en le rendant beaucoup plus nerveux et rapide, mais aussi encore plus brouillon. Il est très impressionnant techniquement pour la machine, avec des animations très bien détaillées et un joli arrière-plan animé, mais un seul malheureusement, ce qui le rend très répétitif : le jeu est une simple boucle d’affrontement non-stop des mêmes adversaires devant le même arrière-plan. Très bon pour l’époque, aujourd’hui je le trouve trop chaotique en solo, mais en multijoueur je pense qu’il doit être excellent.

Barbarian / Death Sword (Commodore 64/Amstrad CPC/Atari ST, Palace Software)

Tout en se reposant sur les mêmes bases de contrôles que Exploding Fist ou International Karate, Barbarian change complètement de style et s’inspire plutôt des films Conan, sortis quelques années plus tôt. C’est un des jeux favori des fans de ces machines, et je comprends pourquoi : son gameplay est riche, et il a une ambiance assez unique à cette époque où les jeux de combat reproduisent plutôt la boxe ou les arts martiaux. Techniquement c’est un peu moins réussi avec des animations très hachées, surtout comparé aux superbes animations de IK+, mais les arrière-plans sont variés et détaillés, même s’ils sont mangés par ce logo gigantesque qui reste affiché en toute circonstance. Aujourd’hui il est un peu trop rigide pour être vraiment agréable à jouer, mais il a un bon potentiel.


< 1984-1985 | 1986-1987 | 1988-1990 >