Seconde période : L’apogée et la fin des beat’em up (1991-1996)

Il faut bien admettre quelque chose : les beat’em up de cette période se ressemblent beaucoup. Ils sont à peu près tous calqués sur la formule peaufinée par Final Fight, et très peu dévieront sensiblement de la formule, en tout cas pas avec succès : je ne vais donc pas m’attarder des heures sur chacun, et me concentrer uniquement sur les meilleurs, ou les notables pour une raison ou une autre, sans détailler leur gameplay.

Le nombre de beat’em up augmente énormément jusqu’en 1994 avec beaucoup d’adaptations de licences (Batman, Marvel, Power Rangers…), après quoi ils disparaissent presque instantanément : tout le monde passe à la 3D avec notamment la Playstation, et le genre s’y adapte très mal ; seuls continuent quelques jeux sur des bornes arcade peu chères à produire. Ils reviendront sous une autre forme en 2001, avec Devil May Cry, et auront un “revival” à la fin des années 2010 avec les jeux indépendants en 2D.


1991

The King of Dragons ; Captain Commando ; Knights of the Round (arcade, Capcom)

L’équipe responsable de Final Fight étant occupée sur Street Fighter 2 (voir le versus fighting période Street Fighter 2), Capcom, ne sachant pas encore le succès phénoménal qu’aura ce dernier, essaye de reproduire le succès du beat’em up de 1989 avec d’autres équipes : ce seront pas moins de trois jeux basés sur le même modèle qui sortiront en 1991 ! Malheureusement, aucun d’entre eux ne réussira à se hisser au niveau de leur aîné : The King of Dragon ajoute des aspects RPG inutiles et a un gameplay bien trop basique ; Captain Commando apporte beaucoup d’améliorations mais est encore plus dur avec des boss qui trichent trop ; et Knights of the Round est très bien réalisé mais aussi pas très excitant et déjà vu.

⭐ Teenage Mutant Ninja Turtles – Turtles in Time (arcade, Konami)

Konami reprend la formule du premier TMNT arcade et l’améliore dans tous les domaines : gameplay plus fluide, niveaux plus variés, technique améliorée, encore plus de références au dessin animé, etc ; son principal défaut est le manque de sensation d’impact des coups. Le portage sur SNES aura un grand succès, et sa popularité sera telle qu’il aura droit à un remake en 2009 sur Playstation 3/Xbox 360 ; il est aujourd’hui encore très bon.

⭐ Streets of Rage (Mega Drive, Sega)

Streets of Rage est tout simplement la réponse de Sega à Final Fight, qui sera porté sur la SNES mais pas la Mega Drive : l’histoire est quasiment identique, le gameplay est très proche mais plus riche, la technique est (pour la machine) très bonne, et la musique est excellente : c’est un très bon représentant du genre encore aujourd’hui.

⭐ Battletoads (NES, Rare)

Technique impressionnante, très bonnes musiques, gameplay varié et maîtrisé (qui alterne différents genres), jeu en coop : tout est là pour en faire un jeu exceptionnel, mais soyons honnêtes, on se souvient de Battletoads avant tout pour sa difficulté absolument infâme, et son niveau “Turbo Tunnel” qui aura brisé bien des manettes. A moins d’être fan de la difficulté “à l’ancienne”, il a aujourd’hui assez peu d’intérêt.

The Simpsons (arcade, Konami)

Avec le moteur des jeux Tortue Ninja, des graphismes encore plus colorés, mais un gameplay moins riche et plus répétitif, The Simpsons était populaire surtout grâce à la licence à laquelle il est rattaché ; aujourd’hui il est assez moyen, voire franchement ennuyeux.

Vendetta (arcade, Konami)

Encore une fois utilisant le moteur de TMNT, Vendetta est très classique dans sa structure, mais son gameplay est un peu plus riche que la moyenne de l’époque : on peut notamment frapper les ennemis à terre, et au contraire se défendre quand on est au sol. Il n’avait pas grand-chose de spécial pour l’époque, mais il est plutôt bon aujourd’hui.


1992

Astérix (arcade, Konami)

Konami démontre encore une fois son incroyable capacité à porter une licence de bande dessinée ou dessin animé en jeu vidéo, y compris une série à laquelle ils n’ont probablement que très peu été exposés (Astérix a-t-il seulement été traduit en Japonais ?). Chaque niveau correspond à un album, les niveaux bonus font référence à encore d’autres histoires, les sprites sont détaillés, les animations sont superbes, les décors fournis, il y a des voix numérisées (en anglais malheureusement), bref, on a vraiment l’impression de jouer à un dessin animé Astérix, c’est assez incroyable. En revanche, côté gameplay c’est un peu moins reluisant, pas mauvais mais assez basique avec un seul bouton d’attaque et pas vraiment de subtilités. Si vous êtes fan ou nostalgique de la série le jeu vous arrachera sans doute quelques sourires, mais dans le cas contraire, passez votre chemin.

X-Men (arcade, Konami)

Second raté dans la série “adaptation de dessins animés en beat’em up” par Konami, malgré une licence qui s’y prête parfaitement ! X-Men a le même type d’ennemis “changement de couleur” que Tortues Ninja, mais avec des comportements encore moins variés, et un gameplay beaucoup plus lent. C’est vraiment dommage, mais il est trop moyen pour être conseillé aujourd’hui.

Warriors of Fate (arcade, Capcom)

Capcom continue à dérouler les beat’em up : ils en sortiront au moins un chaque année jusqu’en 1994. Fun, dynamique, complet, varié, bien équilibré, Warriors of Fate souffre surtout d’un environnement “guerre en Chine des Trois Royaumes” qui ne parlera pas à tout le monde, bien qu’il soit toujours plus original (à nos yeux occidentaux) que le mythe de la Table Ronde de Knights of the Round. Je conseille fortement de l’essayer, vous pourriez être surpris.

King of the Monsters 2 (arcade, SNK)

Changement de style pour cette série (qui n’aura que deux épisodes) : alors que le premier s’apparentait à un jeu de catch, celui-ci ressemble plutôt à un beat’em up un peu particulier auquel on aurait rajouté les combats du premier, mais simplifiés : on alterne les déplacements sur la carte avec destruction de décor et d’ennemis ; et les duels contre d’autres monstres gigantesques. Comparé au premier épisode, c’est bien mieux réalisé, mais il perd un peu de son charme en étant un peu trop loufoque, et est un peu trop à cheval entre les deux styles : c’est un beat’em up assez moyen, et un jeu de combat assez basique : si le genre vous intéresse, préférez-lui le premier, qui a de gros défauts mais est bien plus rigolo.

Super Double Dragon (SNES, Technos)

Super Double Dragon a une très bonne technique avec de très bonnes animations (mais un scrolling pas très fluide), et un gameplay ultra complet et très technique : poings, pieds, sauts, mais aussi un bouton dédié au blocage qui permet de faire des clés et des projections de manière complètement manuelle. La difficulté est plutôt relevée, mais le jeu est encore très bon aujourd’hui.

TMNT Turtles in Time (SNES, Konami)

Je ne parle habituellement pas des portages console des jeux arcade, car ils sont généralement “la même chose en moins bien”, mais il semblerait que la plupart des gens qui se rappellent de Turtles in Time se rappellent en réalité de la version SNES : je me devais donc de la tester. Et je dois bien avouer que c’est un excellent portage, qui se permet même le luxe de corriger le problème principal de la version arcade : le manque d’impact des coups, qui est ici très bien rendu. Une très bonne version d’un très bon jeu.

TMNT Hyperstone Heist (Mega Drive, Konami)

La Mega Drive n’a, bizarrement, pas le droit à son adaptation du jeu d’arcade (peut-être à cause des pratiques anti-concurrentielles du Nintendo de l’époque), et doit se contenter d’une sorte de remix. Hyperstone Heist reprend le même concept que Turtles in Time mais révise les niveaux : le premier n’a rien à voir, le second est identique, le troisième est très proche mais sans les hoverboards… Malheureusement il est aussi bien plus répétitif, moins dynamique, les projections “vers l’écran” ont disparu, et il n’y a même pas de boss ! Préférez donc la version SNES, largement meilleure.


1993

Night Slashers (arcade, Data East)

Night Slashers est un beat’em up tout ce qu’il y a de plus classique avec un thème zombies et morts-vivants assez unique à ce moment-là, trois ans avant le phénomène House of the Dead, et sensiblement différent de Splatterhouse qui explore plutôt le côté “fantastique” avec des monstres difformes. Aujourd’hui il n’est pas mauvais, sans être exceptionnel, et est surtout notable pour son univers pas trop exploré dans ce style.

Shadow Force (arcade, Technos)

Capcom essaye de décliner Final Fight à l’infini, et Technos fait de même avec Double Dragon. Shadow Force est donc un beat’em up très classique mais assez technique avec de très nombreux coups possibles, et une ambiance “cyber samouraï” tendance Shadowrun (créé en 1989 et porté en jeu vidéo en 1993) assez original. Aujourd’hui il est encore plutôt bon.

The Punisher ; Cadillacs & Dinosaurs (arcade, Capcom)

Après Konami, Capcom s’essaye à l’adaptation de licences en beat’em up, en commençant par The Punisher (un personnage Marvel désormais bien connu) et Cadillacs & Dinosaurs (un autre comics moins connu). Cela donne deux jeux très classiques mais très bons, dont un où l’on peut taper sur des dinosaures. Pour la petite histoire, Marvel ne sera pas très content de la violence du jeu Punisher, qui représente certes bien le personnage, mais qui est un peu trop “graphique” à leur goût.

Dungeons & Dragons Tower of Doom (arcade, Capcom)

Après King of Dragons et Knights of the Round, les développeurs de Capcom font enfin ce qu’ils rêvaient manifestement de faire : un jeu officiel Donjons & Dragons. Très populaire à cette période, et avec de nombreux jeux dans de nombreux styles la licence s’adapte très bien au genre : on va donc choisir une classe, gagner des niveaux et de l’or qui permettra d’acheter des objets dans la boutique entre les niveaux, et le jeu se permet même le luxe de donner des choix : on devra par exemple aller sauver un village ou poursuivre des monstres dans la montagne. Niveau gameplay c’est vraiment très proche d’un Knights of the Round auquel on aurait rajouté des objets utilisables. Aujourd’hui il n’est pas mauvais du tout même si vraiment très classique, l’univers D&D ayant déjà été vu, revu et re-revu des milliers de fois.

Streets of Rage 2 (Mega Drive, Sega)

Sega livre ici une excellente suite à un excellent jeu : graphismes impressionnants (pour la machine), plus de personnages, gameplay amélioré avec des coups spéciaux, niveaux très variés, et toujours ces musiques magistrales. Je ne m’étale pas parce que c’est “la même chose en mieux” mais c’est vraiment très bon.

Golden Axe 3 (Mega Drive, Sega)

Les Golden Axe se suivent et se ressemblent, et c’est un style qui a beaucoup moins bien vieilli que les beat’em up plus “traditionnels” : cet épisode est certes plus joli (sans atteindre les niveaux de Streets of Rage 2, loin de là), mais c’est un peu lent, un peu bourrin, et pas très fun.

Zero Team (arcade, Seibu Kaihatsu)

Zero Team fait partie de ces très bons beat’em up sur lesquels il n’y a pas grand-chose à dire : il est plutôt joli, avec des détails amusants, un gameplay plutôt bon, assez varié… Un bon jeu.

Batman Returns (SNES, Konami)

Chose étrange, Batman n’a jusqu’ici pas eu le droit à son adaptation en beat’em up : c’est corrigé avec la sortie du nouveau film en 1992. Cette version SNES a un gameplay tout à fait correct, a des graphismes très honnêtes et l’univers du film est bien retranscrit, mais il souffre d’une grosse répétitivité, avec un très faible nombre d’ennemis qui tournent tous autour du même thème : les clowns. Au bout de 2 niveaux vous aurez vu quasiment tout ce qu’il y a à voir, vous pouvez donc passer votre chemin.

Batman Returns (NES, Konami)

Très différent de la version SNES, ce Batman Returns NES est impressionnant techniquement, avec des cinématiques qui semblent avoir plus de couleurs que ce que la NES devrait pouvoir afficher : on voit bien la maîtrise de Konami sur cette machine. Le problème de répétitivité est toujours présent, mais le gameplay infiniment plus nerveux permet de compenser et de beaucoup moins s’ennuyer. Aujourd’hui c’est un jeu honnête, sans plus.

Splatterhouse 3 (Mega Drive, Namco)

Changement radical de cap pour la série : les deux premiers étaient des Kung Fu Master-like en 2 dimensions extrêmement basiques ; ce troisième épisode ouvre une troisième dimension de déplacement et utilise un gameplay de beat’em up à combos bien plus moderne bien que très classique, et il rajoute également une notion d’exploration non linéaire, et une histoire à fins multiples en fonction de qui vous avez réussi à sauver. Dommage que le gameplay soit encore un peu basique, avec un peu plus de subtilités il aurait pu être très bon, en l’état il est juste honnête sans plus ; mais l’originalité de son côté exploratoire pourra vous intéresser.

Final Fight 2 (SNES, Capcom)

Jamais en reste pour recycler ses gloires passées, Capcom remet le couvert avec un second épisode de Final Fight copier/coller : le gameplay est identique au premier, et comme pour celui-ci, les performances de la SNES limitent grandement l’action avec seulement 3 ou 4 ennemis à l’écran en même temps, ce qui rend le jeu bien moins intense. Ceux qui aiment Final Fight seront contents de retrouver un gameplay bien rodé dans de nouveaux niveaux, ceux qui veulent de la nouveauté resteront sur leur faim.

Mighty Final Fight (NES, Capcom)

Chose peu courante, Capcom crée un portage NES de son jeu phare ; il est bien évident qu’ils n’arriveront jamais à faire rentrer les immenses sprites du jeu arcade sur la NES, et décident donc de changer totalement le style, et de partir sur des graphismes “chibi” comme l’ont fait Technos avec River City Ransom quelques années auparavant. Le reste du jeu s’inspire d’ailleurs énormément de son concurrent : le gameplay est bien plus nerveux que la version arcade, et il y a un système d’expérience et de niveaux ! Malheureusement celui-ci est de la simple poudre aux yeux : les personnages montent certes de puissance, mais comme les ennemis montent aussi, la courbe de difficulté reste plate. Le reste du jeu s’inspire très librement de l’original, avec des similarités mais aussi beaucoup de différences. C’est un beat’em up NES très correct malgré quelques défauts de gameplay, comme ces ennemis qui nous frappent pile assez vite pour nous empêcher de riposter.

Alien vs Predator (SNES, Activision)

Première adaptation du comics du même nom qui a débuté en 1989, ce jeu SNES n’est pas le portage du jeu arcade du même nom par Capcom qui sortira l’an prochain, et n’a rien à voir avec le film du même nom qui sortira 9 ans plus tard ! Ca va, vous suivez encore ? Bon. Ni l’éditeur ni le développeur de cette version ne sont des habitués du beat’em up, et ça se voit : derrière des graphismes plutôt corrects, le gameplay est très banal, les niveaux sont extrêmement répétitifs, et l’équilibrage est assez mauvais. Si c’était la seule adaptation de cette licence en jeu vidéo je vous aurais bien dit de tester quand-même, mais voilà : Capcom sortira une autre jeu dans le même genre dès l’année suivante qui sera, lui, excellent. Oubliez donc cette version SNES.

Ninja Baseball Bat Man (arcade, Irem)

Encore une fois très classique dans sa structure et son gameplay, Ninja Baseball Bat Man se démarque par son univers complètement déjanté avec des robots-ninja qui font du baseball, des balles de baseball mutantes (quel hasard) et autres robots, le tout avec un style “manga” exagéré comme un Looney Tunes : c’est très réussi. Après quelques beat’em up corrects-sans-plus, Irem réussit enfin à se démarquer dans le genre ; dommage que ça arrive juste avant leur disparition.


1994

Battletoads (arcade, Rare)

Pirates of Dark Water (SNES, Sun)

Armored Warriors (arcade, Capcom)

Alien vs Predator (arcade, Capcom)

Mighty Morphin Power Rangers (SNES, Natsume)

X-Men Mutant Apocalypse (SNES, Capcom)

Ninja Warriors (SNES, Natsume)

Streets of Rage 3 (Mega Drive, Sega)


1995

Comix Zone (Mega Drive, Sega)

Final Fight 3 (SNES, Capcom)


1996

Batman Forever (PS1, Iguana)

Die Hard Arcade (arcade, Sega)

Dungeons & Dragons Shadow over Mystara (arcade, Capcom)

Guardian Heroes (Saturn, Treasure)


1997

Fighting Force (Playstation, Core)

Oriental Legend (arcade, IGS)

Battle Circuit (arcade, Capcom)


1999

Knights of Valour (arcade, Capcom)


2001

Sengoku 3 (arcade, SNK)

Devil May Cry (Playstation 2, Capcom)


2003

Knights of Valour The Seven Spirits (arcade, IGS)

The Gladiator (arcade, IGS)


2004

Oriental Legend 2 (arcade, IGS)


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