Jet Lancer

Jet Lancer est un shmup à 360°, très fortement inspiré par Luftrausers, et dans la veine de Time Pilot, à la différence que ce n’est pas un shmup arcade, mais un jeu scénarisé.

Nota : à l’heure où j’écris ces lignes, un patch est disponible qui ajoute un mode “arcade”, mais uniquement sur PC. Je mettrais à jour cette critique lorsqu’il sera disponible sur Switch, l’absence de ce mode étant (spoiler alert) mon principal grief contre ce jeu.

Contrairement à la majorité des shmups, les contrôles de Jet Lancer sont nombreux et complexes : direction, accélération, boost, tir principal, tir secondaire, tir chargé, esquive… On arrive assez rapidement à effectuer les actions de base, mais les contrôles ont une profondeur rarement vue dans ce genre de jeu : par exemple, en jouant avec l’accélération et le boost, on peut faire du sur-place ou voler le nez en arrière. Jet Lancer rajoute en plus un système d’améliorations à débloquer, qui permettent de modifier l’armement et la maniabilité : par exemple, un des canons disponibles est extrêmement puissant mais fait reculer l’avion ; il est également possible de personnaliser la réactivité, l’accélération et l’esquive du jet. Le tout fait que la courbe d’apprentissage est énorme, mais qu’il est possible de faire des actions avancées extrêmement complexes, et de véritablement “danser” dans les airs… si vous arrivez à jongler entre les différentes actions, qui demandent une excellente coordination.

En plus de la maniabilité complexe, Jet Lancer devient difficile assez rapidement, avec des ennemis qui arrivent de partout, de nombreux types d’ennemis (parfois difficiles à distinguer) qui se complètent pour se protéger les uns les autres, et des tirs et des missiles qui arrivent de partout : on est parfois submergé jusqu’à ne plus comprendre ce qui se passe, et il devient particulièrement difficile de jongler avec les contrôles tout en essayant de déchiffrer ce qui se passe à l’écran. Heureusement, il existe des options d’accessibilité pour diviser les dégâts par deux ou même se rendre invincible, activables même en pleine partie, mais j’aurais préféré de véritables niveaux de difficulté progressifs qui réduisent le nombre d’ennemis ou de tirs : être “obligé” d’activer le mode invincible pour passer certaines missions particulièrement ardues et pouvoir progresser rend l’intérêt du jeu assez faible.

Cette difficulté élevée est classique sur les shmups, et elle ne me poserait pas de problème si Jet Lancer était construit comme un shmup classique, mais ce n’est pas le cas : c’est un véritable jeu solo, avec une succession de presque 40 missions plus ou moins longues et aux objectifs variés, quelques boss plutôt intéressants, un scénario (inintéressant), des personnages (clichés), des cinématiques et des dialogues (parfois drôles), et surtout, un menu très fastidieux pour changer de missions (on navigue lentement sur une carte jusqu’au point suivant). Et cette construction ne colle pas du tout au style du jeu ni au gameplay, parce que le rythme haché, interrompu sans cesse, ne permet pas de “rentrer dans la zone”, cet état de concentration où les mouvements deviennent instinctifs, en plus d’avoir un peu le cul entre deux chaises : d’un côté le gameplay et la difficulté hardcore pour les passionnés, et de l’autre l’histoire scénarisée pour le grand public.

Et le résultat paradoxal de ce découpage en niveaux, c’est que contrairement à un jeu “arcade”, on n’a pas la motivation de s’améliorer et d’aller le plus loin possible : on cherche uniquement à passer la mission en cours, et on active rapidement le mode invincible, quitte à le désactiver sur la mission d’après. Les quelques heures nécessaires pour terminer le jeu ne sont pas adaptées à un genre de jeu qui se prête bien plus à quelques “runs” rapides pour aller le plus loin possible en n’utilisant qu’une seule vie.

Esthétiquement, Jet Lancer est très joli dans un style épuré, parfaitement fluide, et il n’y a quasiment aucun temps de chargement ; en revanche, les décors sont souvent un peu vides et répétitifs.

Dans les défauts un peu plus généraux, je noterai aussi le manque de clarté sur les objectifs : par exemple, il y a plusieurs missions “à score”, mais rien ne nous dit ce qui fait du score ; les traductions sont également parfois un peu hasardeuses : “détruisez les vaisseaux” demande en réalité de détruire les navires.

Jet Lancer est un shmup extrêmement complexe et profond, difficile à prendre en main, mais sa construction en “jeu solo” l’empêche d’atteindre son plein potentiel, et frustre parfois plus qu’autre chose.