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Silk

Silk est un mélange étrange de beaucoup d’exploration, pas mal de commerce, un peu de gestion, et un soupçon de RPG, saupoudré d’éducatif/historique.

Globalement, une partie de Silk se déroule comme suit. Au début du jeu, vous allez choisir quelques conseillers dans les premières villes que vous allez visiter, ou attendre d’en croiser d’autres plus loin. Ensuite, vous allez de ville en ville, et vous achetez et revendez des marchandises : laine, épices, soie, ou divers animaux qui vont vous accélérer ou vous ralentir, soldats, ainsi que suffisamment de provisions pour le trajet prévu. Sur le chemin, vous allez croiser des bandits, des animaux sauvages, des cairns, etc ; et devoir prendre des décisions chaque nuit : fortifier le campement, chasser ou pêcher en réduisant le nombre de gardes, faire des offrandes aux dieux, sauver les bêtes ou les marchandises lors des tempêtes… Une somme de petites décisions qui, mises bout à bout, guideront votre partie et votre réussite.

Lorsque vous rencontrez des ennemis, les combats sont résolus automatiquement en fonction du nombre de soldats présent dans chaque camp et des capacités tactiques de vos conseillers, sans que l’on puisse visualiser le rapport de force à l’avance malheureusement : on a juste l’avis des conseillers sur l’issue probable du conflit. On ne peut même pas avoir un rappel du nombre de soldats dans notre caravane au début du conflit.

Cet aspect assez opaque se retrouve à tous les niveaux de Silk, qui n’a aucune aide, à part un mini tutoriel en début de partie, ni aucun guidage : on a simplement des quêtes assez vagues à faire, du type “visitez une forteresse Parthe”, mais aucun moyen de savoir où on doit aller. Ouvrir Wikipédia est un bon premier pas, mais surtout, allez chercher le manuel, indispensable, et indisponible sur la versionSwitch : https://onlyagame.typepad.com/Silk.Manual.pdf

Même avec le manuel, Silk est le genre de jeu qu’on apprend au fil du temps, à la dure : comment on interagit avec le monde, ce qui sert à quoi, quels sont les effets de nos actions, quelle est la meilleure stratégie d’achat et de vente, etc.

C’est un parti pris intéressant, et le jeu proposant une campagne facile, il est très simple d’y faire ses premières armes pour recommencer une campagne plus difficile par la suite : il faut simplement s’accrocher, prendre des notes, réfléchir à nos actions, et bien écouter les conseillers.
Cela dit, c’est aussi parfois assez décourageant lorsque l’on a, pour la quatrième ou cinquième fois d’affilée, un vague objectif à réaliser, sans aucun moyen de savoir la direction dans laquelle on est censé aller.

Silk fait mention de son monde comme étant “le plus grand open world jamais créé”, et même si on peut douter de la légitimité d’une telle affirmation (sur quels critères ?), on ne peut que constater l’étendue considérable de la carte, qui va de l’est de la Méditerranée (d’Antioche à Damas) au désert central de Chine, et avec toutes les montagnes infranchissables, on se perd facilement à faire des détours au milieu du désert, à essayer d’aller voir une ville au loin avant de se rendre compte que c’est un cul de sac, etc. Le sentiment d’immensité est très bien rendu, et on a une sensation assez unique lorsque l’on voyage dans un coin désertique, que l’on ne trouve pas de ville, qu’on voit ses provisions diminuer, et qu’on calcule ses chances entre trouver une ville plus loin ou faire demi-tour ; le soulagement de retrouver enfin la civilisation est bien réel.

Enfin, Silk a aussi un côté éducatif, avec quelques phrases audio prononcées lors de l’entrée dans une nouvelle ville, pour la replacer dans le contexte de l’époque. Comme le reste, c’est assez “brut” : on aurait aimé une base de données qui liste et permet de consulter ces données, sans même parler de photos. En l’état, on reste un peu sur sa faim.

Le plus gros défaut de Silk, c’est son interface. En voulant trop coller à ses inspirations rétro, il en oublie les dernières décennies de modernisation. Par exemple, il n’y a aucune boussole affichée lors des déplacements, il faut ouvrir le menu de la caravane, chaque point cardinal représentant un conseiller. A l’inverse, lorsque l’on veut regarder un conseiller, on est obligé de changer de direction. C’est un choix étrange et pas pénalisant, mais fastidieux. Il manque un grand nombre de petits détails qui auraient pu être améliorés : lister le prix des marchandises dans les villes déjà visitées ; afficher les stats de chaque conseiller lorsqu’une décision doit être prise pour suivre le meilleur conseil ; pouvoir rester appuyé sur haut pour avancer au lieu de marteler le bouton ; etc. La seule concession à la modernité, c’est un tableau récapitulatif des opinions de chaque pays envers nous : c’est très peu.

Le second gros défaut du jeu, c’est son manque de complexité : il y a trop peu de choses à faire. Le commerce est par exemple très limité : laine, soie, épices, cinq animaux, et c’est tout. Il n’y a pas de PNJ ni de dialogues, pas de quête secondaire, pas de diplomatie, etc. Le jeu est par conséquent relativement superficiel, et c’est bien dommage, car il n’aurait pas fallu grand-chose de plus pour le rendre infiniment plus profond.

Globalement, j’adorerais une suite qui reprend le même principe et les mêmes graphismes, mais avec plus de contenu, et une interface plus moderne.

Les graphismes sont très particuliers, avec un mélange de sensibilités rétro et moderne, et ils peuvent rebuter complètement. Donnez-leur une chance, ils finissent par accrocher, et au final, c’est une vraie réussite, avec une forte personnalité, et un style unique qui fonctionne très bien.
Les musiques sont sympathiques, mais trop rares, et il arrive qu’il n’y ait absolument aucune musique, ni aucun son d’ailleurs, pendant très longtemps. Dommage.

Un run se termine en 4-5h en mode facile car il suffit de commercer d’un bout à l’autre de la carte. Les modes difficiles sont autrement plus costauds, avec de véritables campagnes militaires de conquête à mener.

Silk est un jeu très sympathique et original, paradoxalement très vaste et un peu limité à la fois. Il plaira aux férus d’exploration, et à ceux qui veulent jouer un peu comme ils l’entendent, probablement moins à ceux qui aiment être guidés.

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