Fire Emblem: Three Houses

Dernier épisode d’une série qui a débuté sur NES en 1990, et comprend une quinzaine de jeux sans compter les spin-off, ce n’est pourtant que le second épisode auquel je joue : le précédent, Fates, ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, à cause de son histoire nulle et de son gameplay basique.

L’histoire commence de manière plutôt banale, avec un groupe de mercenaires qui va sauver des nobles en difficulté, mais un rebondissement inattendu arrive très vite : notre personnage semble habité par une sorte de divinité. On se retrouve rapidement propulsé enseignant dans un monastère/université dédié à la formation des officiers, et certains personnages sont entourés de mystères, que l’on va chercher à élucider. Le jeu est assez verbeux, mais l’histoire a réussi à bien m’accrocher, et les personnages sont attachants : ils commencent comme des clichés, mais évoluent de manière crédible au fil des discussions. Vous savez certainement déjà que le jeu demande de choisir une classe parmi trois : si cela ne change pas grand-chose sur la première partie du jeu, un bouleversement important au milieu « sépare » les histoires en trois branches totalement différentes (et non pas la même histoire vue de points de vue différents) : en ne faisant qu’une seule branche, il reste de nombreuses zones d’ombre sur les motivations de chacun, et cela donne vraiment envie de jouer avec les autres écoles ! Mais avec 55h de jeu pour finir une voie en faisant quelques quêtes annexes, cela demande beaucoup de temps… Le seul problème de cette structure est que les actions des autres classes sont mal intégrées à celle que l’on a choisi : on a l’impression qu’ils ne font pas grand-chose pendant que l’on progresse dans l’histoire, et on n’apprend pas à les connaître, ce qui fait drôle quand on les recroise plus tard et qu’ils semblent poussés par des motivations fortes, dont on ne sait rien.

Sans doute inspiré par Persona, Fire Emblem Three Houses suit une formule nouvelle pour la série, qui alterne entre phases d’école et phases de combats. Le jeu suit un planning assez fixe : le dimanche, on doit choisir entre plusieurs activités (quartier libre pour explorer et parler aux personnages, séminaire pour renforcer les compétences, ou combat) ; le lundi on décide des formations à donner aux élèves de la classe, puis le reste de la semaine défile, avec parfois des événements, que ce soit un bête dialogue ou (plus rare) un combat surprise. A la fin du mois il y a un combat d’histoire qui la fait avancer, puis on recommence le mois suivant. Cela pourrait sembler répétitif, mais cette alternance d’actions (exploration, étude, dialogues, combats) fait que, contrairement aux épisodes précédents, on n’a pas l’impression d’avoir une bête succession de combats entrecoupés de dialogues : le rythme est bon et adaptable à ses envies, et je ne me suis pas du tout lassé. Si vous préférez, il est également possible de ne faire que des combats le dimanche, ne faire aucune exploration de monastère (ou se limiter au strict nécessaire), refuser les dialogues et accélérer les phases d’étude, mais vous passerez à côté de tout le pan d’entretien de relation, qui est un aspect important de la série depuis bien longtemps.

Le gameplay est très classique, et n’a pas énormément évolué depuis les débuts de la série : il n’y a notamment pas de gestion de l’élévation ou de l’orientation, contrairement à Final Fantasy Tactics par exemple. Le fameux triangle des armes (épée > hache > lance) est ici un peu en retrait, car ces bonus doivent s’équiper en tant que capacité passive, et leurs effets ne sont pas aussi radicaux que dans les précédents épisodes. Les personnages peuvent changer de classe librement (en passant un examen, pour suivre le thème de l’école), bien qu’ils aient des affinités avec certaines compétences : on peut totalement personnaliser son équipe, et changer la composition en fonction de la situation, ce qui est vraiment agréable. Maîtriser une classe donne un bonus, et de nouvelles deviennent disponibles au fur et à mesure que le personnage s’améliore. Les combats sont intéressants, variés avec des cartes parfois complexes, et les combats importants comportent parfois des surprises et guet-apens qui demandent d’adapter sa stratégie à la volée. Il est possible d’activer diverses options pour accélérer les combats, ce qui est particulièrement bienvenu lorsque l’on grinde, ce qui risque de vous arriver souvent car les personnages ne gagnent de l’XP qu’en effectuant des actions : il faudra effectuer une rotation des personnages inutilisés si vous ne voulez pas qu’ils terminent définitivement sur le banc de touche, avec 10 niveaux de retard.

La difficulté de Fire Emblem Three Houses est très bien réglée : comme depuis plusieurs épisodes, il existe différents modes de difficulté, et le permadeath, marque de fabrique de la série, est désactivable indépendamment de la difficulté. Cette dernière change le niveau des ennemis et leur nombre, mais pas leur IA, qui est assez stupide : les adversaires viennent s’empaler sur nos personnages sans élaborer de stratégie. Le mode facile est particulièrement abordable car on peut recommencer un combat en conservant les gains d’XP et de niveau ; et dans tous les modes, il existe un « rewind » à usage limité (grâce à la divinité habitant notre personnage) qui permet de corriger ses erreurs d’inattention.

Les phases à l’école, si vous souhaitez les faire, sont plutôt bien faites : on se promène pour parler aux autres élèves de toutes les classes et apprendre à les connaître, augmenter leur affinité avec des activités telles que partager un repas, ou d’autres petites occupations. Il n’y a rien de vraiment passionnant, mais cela aide à étoffer l’univers, et contribue à rendre cet épisode bien plus « RPG » que les précédents, qui étaient souvent des séries de combats entrecoupés de dialogues. Les activités possibles dans l’école, comme les entraînements ou les tournois, sont limitées par un compteur d’actions : épuisez votre quota, et vous n’aurez plus rien d’autre à faire que d’avancer dans l’histoire. Il est également possible d’y recruter des personnages d’autres classes, mais outre l’utilité limitée puisque vous ne pourrez pas utiliser tout le monde en combat, on n’a généralement pas beaucoup eu l’occasion de leur parler avant, on a donc l’impression de recruter des inconnus, et ils ne s’intègrent pas dans l’histoire.

Techniquement, le jeu n’est pas vraiment moche, mais pas très beau non plus, et il a beaucoup de popping durant les phases d’école, alors qu’il n’y a pas grand-chose à afficher. La musique est très bonne, et me fait penser à Final Fantasy Tactics Advance, sans que je sache trop pourquoi, honnêtement.

Fire Emblem Three Houses est un excellent épisode, qui me réconcilie avec la série après la déception de Fates. J’aurais volontiers passé 100h de plus à faire les autres scénarios, si je n’avais pas un immense backlog qui m’attend.