The Outer Worlds

Obsidian est un studio spécialisé dans les RPG qui proposent des choix : Knights of the Old Republic 2, Neverwinter Nights 2, Alpha Protocol, Fallout New Vegas, Pillars of Eternity, Tyranny… la liste est longue et impressionnante. The Outer Worlds s’inscrit dans cette logique, très fortement inspiré par leur bref passage sur Fallout.


Avant toute chose, il faut mettre les points sur les « i » : The Outer Worlds sur Switch est moche, même après le fameux patch censé résoudre les problèmes, que j’ai attendu plusieurs mois. C’est extrêmement flou, la résolution est tellement basse qu’il est très fréquent de ne pas réussir à voir les personnages ou ennemis à quelques mètres, certains éléments apparaissent sous notre nez, les textures sont tellement compressées qu’elles sont parfois indignes de la Nintendo 64, les modèles des personnages sont niveau PS2, le jeu se bloque pour charger les données (avec un sablier !) dès qu’on court quelques dizaines de mètres, et contrairement à Journey to the Savage Planet, qui a le même niveau technique mais un look cartoon, le style réaliste et assez chargé de The Outer Worlds n’aide pas à améliorer la lisibilité. Le seul point positif, c’est que la fluidité est correcte, mais c’est une bien maigre consolation.

Autre problème technique : les chargements sont très longs, de l’ordre de 30 secondes. Et The Outer Worlds n’est pas un vrai open world, mais plutôt une succession de zones plus ou moins vastes réparties sur plusieurs planètes, avec une séparation entre le monde extérieur et l’intérieur des villes et des gros bâtiments. Par conséquent, ces longs chargements sont extrêmement fréquents car on passe sans cesse d’une zone à une autre : voyage rapide d’un endroit de la carte à un autre, de l’extérieur à l’intérieur des villes, de la planète au vaisseau, du vaisseau à une autre planète, de l’arrivée sur la planète à un autre endroit de la carte… il est courant de poireauter plusieurs minutes sans progresser d’un iota pour autant. C’est parfois infernal, surtout sur certaines quêtes qui nous font nous balader d’un bout à l’autre du système, ce qui nous oblige à repasser par le vaisseau à chaque fois.

Maintenant que la technique est évacuée, et que vous savez qu’il vaut mieux faire ce jeu sur une autre plateforme, qu’en est-il du jeu en lui-même ?


Au 23e siècle, l’humanité découvre le voyage plus rapide que la vitesse de la lumière, et lance des vaisseaux chargés de milliers de colons cryogénisés à destination de planètes lointaines. Vous faites partie d’une de ces cargaisons, mais un problème inconnu a prolongé votre voyage de 70 ans ; votre date d’expiration étant dépassée, on n’arrive plus à décongeler les colons sans les tuer. Un scientifique hors-la-loi un peu timbré vous récupère, réussit à vous sauver, et vous demande de l’aider à récupérer le reste des colons du vaisseau.

L’univers de The Outer Worlds est typé science-fiction un peu steampunk, quelque part entre Mass Effect et Fallout avec un zest de western, et très centré sur les méga-corporations : les vaisseaux des colons étaient financés par des entreprises qui se sont implantées durant votre absence et font la loi dans la colonie, les travailleurs sont grosso modo réduits en esclavage, les villes des pionniers sont en permanence au bord de l’effondrement, le bas de l’échelle sociale est remplie d’abrutis au cerveau lessivé par les slogans publicitaires, et les puissants sont cruels et odieux. Le tout est traité avec un humour omniprésent qui fait souvent mouche, le ton est cynique, et le commentaire social est très clair. En revanche, l’histoire est très classique, avec très peu de surprises, et quasiment aucune émotion : on la termine en incarnant un gentil sauveur ou un méchant opportuniste, et on oubliera bien vite la plupart des personnages.

J’ai déjà évoqué plusieurs fois Fallout, et ce n’est pas un hasard : The Outer Worlds s’en inspire énormément. Gameplay de FPS classique avec un système de “pause active”, des extérieurs ponctués d’ennemis et de villages, des villes relativement grandes à explorer, du “storytelling environnemental” un peu partout, des tonnes d’objets inutiles à looter dans tous les coins, la possibilité de jouer plutôt bourrin, discrétion ou social, de nouvelles quêtes toutes les 30 secondes, les petits choix sans grande conséquence en permanence… On a parfois réellement l’impression de jouer à un clone de Fallout à moyen budget, et grâce à la solide recette de base le jeu est plutôt honnête, mais il n’arrive pas à introduire assez de nouveaux éléments pour ne pas sentir le réchauffé, ni masquer un air constant de déjà-vu, d’autant plus que malgré leur bonne écriture les quêtes secondaires peuvent se résumer pour la plupart à “va là-bas et tue ou rapporte-moi quelque chose”.

Comme les premiers Fallout avant qu’ils ne deviennent des FPS, ainsi que les précédents RPG de Obsidian, The Outer Worlds est obnubilé par les choix durant les quêtes : aider une personne ou une autre, attaquer ou dialoguer, convaincre ou contourner, intimider ou persuader, etc. Au début du jeu c’est presque un peu trop, surtout lorsqu’on n’a pas encore compris quels étaient les rapports de force ni qui sont les gentils et les méchants, mais au bout d’un moment, on finit par comprendre que la plupart de nos choix n’ont que peu d’importance, et servent surtout à choisir comment résoudre la quête en cours en fonction des caractéristiques du personnage. Cela dit, les dialogues sont tous bien écrits et bien doublés, et les personnages sont loins d’être manichéens : ils sont souvent stupides, corrompus ou les deux, et les situations sont parfois complexes et sans dénouement idéal. En revanche, nos compagnons sont particulièrement mal introduits : certains proposent littéralement de nous accompagner 30 secondes après nous avoir rencontré par hasard, sans que l’on sache qui ils sont ni pourquoi ils sont là ; heureusement qu’en apprenant à les connaître, on finit par réellement les apprécier.

The Outer Worlds est un clone à moyen budget de Fallout 3/4, un jeu très honnête mais qui apporte finalement assez peu de choses, à part son humour excellent. Sa version Switch est totalement charcutée : ne la prenez que si vous n’avez vraiment aucune autre plateforme de jeu.