Venba

Venba est une histoire interactive ponctuée de mini-jeux de cuisine.

On y suit l’histoire d’une famille Indienne, immigrée au Canada à la fin les années 80. Alors qu’ils ont du mal à s’intégrer et trouver du travail, et qu’ils commencent à se demander s’ils ne feraient pas mieux de retourner en Inde, la femme se retrouve enceinte, et ils décident de rester pour donner de meilleures chances à leur enfant. On va suivre ensuite quelques « tranches de vie », des moments plus ou moins importants répartis sur plusieurs dizaines d’années, qui seront à chaque fois ponctués d’une recette à réaliser : des difficultés de s’intégrer sans renier ses traditions, à élever un enfant coincé entre deux cultures qui ont du mal à concorder. Malgré ce sujet sur lequel il y aurait beaucoup à dire, Venba est TRÈS court : il faudra à peine plus de 1h pour le terminer ! On ne peut pas dire que l’histoire traîne en longueur, et il y aurait sans doute eu beaucoup plus à dire.

La narration est un vrai point fort de Venba : toujours touchante, racontée avec beaucoup de sincérité, elle oscille entre le drôle et le dramatique ; on sent que c’est une histoire vécue et qui parlera certainement très fortement à toutes les personnes qui ont été dans cette situation, mais qui a également su faire vibrer ma corde sensible (ce qui n’est pas difficile à faire, si je suis honnête). Le jeu propose quelques choix de dialogues, mais ceux-ci ne semblent là que pour permettre d’être moins passif et n’ont probablement que peu d’impact ; cela dit, je préfère cette fausse liberté à la non-interactivité totale de Necrobarista, par exemple.

Chaque « chapitre » est ponctué d’une phase de cuisine, liée à un souvenir ou un moment : depuis la recette de tous les jours que Venba veut soudainement faire à la manière de sa mère, jusqu’au plat de fête pour célébrer le départ à l’université de leur enfant qu’elle se rappelle vaguement avoir vu faire quand elle était petite. On utilisera, au début en tout cas, un livre de recette abîmé et rafistolé, plein de trous et autre tâches qui empêchent de suivre parfaitement les instructions ; le gameplay se limite globalement à deviner l’ordre dans lequel on doit combiner les ingrédients et activer les ustensiles, sans aucune pénalité car se tromper remet revient simplement en arrière. Un peu comme dans Florence, ces puzzles de cuisine sont d’ailleurs plutôt bien intégrés au narratif : on peut voir un petit contexte ou un commentaire, on a parfois un flashback en guise de recette, etc.

Tout le jeu est en anglais, et il n’y a pas de traduction, ni d’autre langue disponible ; d’ailleurs, on finit par comprendre qu’ils sont censés parler en tamoul, mais rien ne l’indique avant que la mère ne demande à son fils d’arrêter de parler en anglais. A ce moment, on se rend compte que les bulles de dialogue changent en fonction de la langue, mais beaucoup trop légèrement : par exemple, lorsque l’enfant parle en anglais à ses parents, qui le comprennent mal, le texte est légèrement masqué, et lorsqu’il parle en tamoul, les lettres arrivent beaucoup plus lentement car il le parle moins bien ; j’aurais aimé une différence un peu plus marquée, par exemple des décorations de bordures. Il n’y a pas non plus de doublage, ce qui n’est pas choquant sur ce type de petite production, mais j’aurais aussi aimé un peu plus de vie à ce niveau, ne serait-ce que quelques « hum » de temps en temps.

Autre petit manque qui n’aurait peut-être pas été compliqué à combler : on n’a pas les recettes finales complètes ; dommage, j’aurais aimé pouvoir les faire moi-même, bien qu’il me manquerait probablement beaucoup d’ingrédients difficiles à trouver ici et d’appareils spécialisés.

Venba est une petite histoire très touchante, avec des interactions minimales qui se mêlent très bien à la narration : une petite heure très bien dépensée, si le sujet vous accroche.

Verdict : très bon