Xenoblade Chronicles: Definitive Edition

Xenoblade est un JRPG sorti en 2010 sur Wii, puis en 2015 sur 3DS, que j’ai aussi, mais que j’ai vite arrêté lors de l’annonce du portage Switch. Et à l’occasion de la sortie du troisième épisode, je me suis enfin motivé à commencer la série.

Le début de l’histoire est assez lambda : des méchants robots qui attaquent les gentils humains, sans que l’on sache d’où ils viennent ni pourquoi ils font ça. On en apprend de plus en plus et l’histoire se complexifie progressivement avec de nombreux rebondissements, jusqu’à partir dans des délires métaphysiques typiques des JRPG (cf Final Fantasy X), et se conclut par le cliché du pouvoir de l’amitié qui triomphe de tout. Heureusement, les personnages sont plutôt bien écrits et attachants, bien qu’eux aussi assez clichés, et ils nous permettent de continuer à suivre l’aventure sans lever les yeux au ciel trop souvent. En revanche, le scénario a tendance à partir dans tous les sens, et à nous faire avancer d’un point à un autre sans forcément beaucoup de logique, pour des raisons qui ne tiennent pas toujours beaucoup la route.

C’est surtout l’univers qui est original : le monde se concentre sur deux « titans » gigantesques, qui se sont battus il y a des centaines d’années et se sont entretués, le reste de la planète étant recouvert d’eau. Ce concept, assez unique, n’est malheureusement pas très bien utilisé, et on pourrait être absolument n’importe où sans être choqué : on ne voit pas le reste du titan au loin par exemple, et rien ne nous donne l’impression d’être en train de grimper sur un bipède de dizaines de kilomètres de haut. Il n’y a pas non plus beaucoup de cohérence : pourquoi y a-t-il des plaines sur la jambe (d’autant plus qu’elle est censée être inclinée), et des marais sur la hanche ?

Quoi qu’il en soit, la sensation d’immensité est bien présente : le monde est très grand, découpé en zones assez vastes, dans des environnements variés, originaux et assez détaillés, bien que parfois trop vides. Il y a énormément à explorer dès le début, et aucun mur invisible ; on peut aller se frotter à des monstres avec 10 ou 20 niveaux de plus dès les premières minutes. Les villes sont relativement grandes, et il y a beaucoup de PNJ qui nous donnent des quêtes secondaires, bien qu’à quelques exceptions, elles soient beaucoup trop génériques, à la limite de la génération aléatoire : on peut passer des heures à faire le livreur UPS sans jamais sortir de la première zone ; heureusement, leur gestion est bien moderne : la carte indique tous les objectifs, et le chemin est bien indiqué. Rajoutez des boss facultatifs et un catalogue de collections à remplir, et vous avez de quoi y passer des centaines d’heures, pour les acharnés qui n’ont pas peur de la répétitivité extrême de ces tâches ; pour ma part, j’ai terminé le jeu en 39h en mode « casual » en faisant très peu de quêtes secondaires.

Cette version Switch contient également un épilogue « Future Connected », qui fait un lien avec le second épisode. Faisable sans faire le jeu principal, par exemple si vous l’avez déjà fait sur Wii ou 3DS, il n’y a pas non plus de lien « physique » : les sauvegardes sont différentes, ça ne reprend pas les personnages du jeu principal, etc. Le gameplay est très légèrement différent, ne comprend qu’une seule zone, et il se termine en moins de 6h, en faisant quelques quêtes secondaires. L’intérêt général de cet épilogue est assez limité : n’achetez pas cette version uniquement pour ce bonus…

En terme de gameplay, Xenoblade opte pour du temps réel avec des attaques automatiques, et un système de cooldown pour les coups spéciaux. Il y a également une jauge de coup multi-personnage et d’autres subtilités, mais globalement, les combats ne sont pas très passionnants : on se colle à l’ennemi, on active les coups spéciaux, et on attend qu’ils se rechargent en poireautant, les yeux rivés sur les jauges et en faisant gauche/droite/A sans arrêt. Le jeu essaye de compenser ce rythme mou en remplissant l’écran d’effets et de chiffres, mais ça a plus tendance à rendre l’action confuse et illisible qu’autre chose. Malgré tout, le jeu offre quelques éléments nettement plus modernes : par exemple, les ennemis sont visibles sur la carte et ne sont pas tous agressifs ; la vie remonte automatiquement entre les combats sans avoir besoin de stocker les objets de soin ou de faire des allers-retours aux villages ; pour s’enfuir des combats (sauf les boss) il suffit de partir ; etc.

Les combats ne permettent de contrôler qu’un seul personnage sur les trois de l’équipe active ; le trio de départ est plutôt bien équilibré, et le jeu ne pousse pas trop à en changer. Le problème principal, c’est qu’on est poussé à conserver Shulk (le héros) en personnage actif, car c’est le seul (jusqu’au dernier tiers) à pouvoir endommager les mékons (les robots que l’on croise un peu partout), et certaines de ses capacités sont obligatoires pour vaincre certains boss. Au final, on a tendance à choisir les trois personnages que l’on préfère et rester dessus, car leurs différences ne sont pas assez marquées pour que l’on ait besoin d’en changer. Ils sont d’ailleurs très peu personnalisables : à part leur équipement (en beaucoup trop grand nombre et assez pénible à gérer) et des gemmes d’améliorations, on se contente de débloquer quelques capacités plus ou moins utiles au fil des niveaux. Xenoblade propose également un système de « lien social » qui donne divers bonus mineurs, mais il est possible de complètement l’ignorer sans avoir l’impression de rater quoi que ce soit.

Remaster de jeu un peu « old school », cette Definitive Edition opte pour une approche un peu plus « cool » que les jeux de cette époque : il est possible d’activer une option « casual » à n’importe quel moment, qui réduit la difficulté générale du jeu en limitant le niveau des ennemis. Perdre ne fait que réapparaître immédiatement au dernier checkpoint sans pénalité, et si les personnages non contrôlés sont KO il suffit de partir du combat pour qu’ils reviennent : c’est globalement très permissif, et heureusement vu la débilité profonde de l’IA alliée, qui reste dans des zones de dégâts (lave, poison) sans en sortir, et sans que l’on puisse leur donner d’ordre, ce qui est parfois un véritable enfer sur certains boss entourés de ces zones de dégâts.

Techniquement, le jeu plutôt basique, avec des décors taillés à la serpe, mais artistiquement c’est très joli, avec de beaux panoramas et parfois de nombreux effets ; assez épatant pour de la Wii, Le jeu possède un cycle jour/nuit et des effets météo, mais les animations raides et simples sont bien d’époque. Au global, on n’est pas loin du niveau d’un jeu Gust moderne, tel que Atelier Ryza.

Le jeu est intégralement doublé en anglais ou en japonais, avec les textes en français ; j’ai trouvé les doublages anglais de bonne qualité, même si les divers accents peuvent déstabiliser au début.

Xenoblade Chronicles est un jeu très sympathique, à condition d’aimer passer des heures à faire des quêtes Fedex sans se prendre la tête : faire juste l’histoire n’a pas un très grand intérêt, les quelques moments intéressants étant noyés dans un océan de grind.