AI: The Somnium Files – NirvanA Initiative

AI The Somnium Files Nirvana Initiative, que je vais désormais appeler Nirvana Initiative, est un jeu d’aventure et d’enquête, qui est une suite directe au premier épisode.

Dans un monde légèrement futuriste, une unité d’enquêteurs d’élite utilise une machine pour lire le subconscient des suspects (le « somnium » du titre), ainsi que des IA (des vraies qui réfléchissent et ressentent, pas des LLM qui régurgitent). Dans le premier épisode le personnage (Date) avait perdu un œil et son IA était logée dans un œil artificiel ; dans celui-ci, on va incarner Ryuki, un nouvel enquêteur avec sa propre IA, et une dynamique inverse par rapport au premier épisode : Date était un pervers qui taquinait son IA, c’est ici l’IA de Ryuki qui est une perverse et le vanne sans arrêt.

Le jeu commence par une scène dans laquelle une moitié de cadavre apparaît sur un plateau de télévision en semblant s’être téléporté ; ce n’est pas le dernier du genre qu’on verra, et toute l’histoire va tourner autour de ce tueur qui coupe des corps en deux. L’histoire est pleine de choses qui semblent impossibles mais qui sont progressivement expliquée par des choses franchement improbables : par exemple le jeu prend la peine de nous expliquer que les corps sont coupés au niveau intra-moléculaire (les molécules sont coupées en deux) et l’explication donnée est une technologie de pointe quasiment inconnue du grand public, et qui n’est sans doute pas capable de faire ça. Le scénario progresse avec des meurtres de plus en plus tirés par les cheveux (mais quelque part on s’y attend), et l’écriture, pleine d’humour, sait donner des fausses pistes, avec divers personnages qui peuvent remplir certains rôles, tout en nous donnant suffisamment d’explications pour qu’on pense deviner ce qui s’est passé ; mais oubliez tout de suite, les explications finales sortent des choses du chapeau sans autre forme de procès. Heureusement le jeu sait très bien que son scénario est absurde et en joue, par exemple un personnage a une tête cubique (et c’est sa vraie tête) et personne ne s’en étonne, sans parler de la fin complètement débile (mais drôle).

Le gameplay a un schéma général identique au premier : on se balade sur une scène de crime pour chercher des indices, parfois on se déplace en ville, on parle aux gens, puis on a une phase de « somnium » avec des puzzles. Ces phases se passent dans la tête des témoins ou des suspects et donc, si elles représentent généralement la réalité, elles obéissent à leurs propres règles, et il faut interagir avec des objets pour ouvrir les verrous que les personnes posent sur leurs souvenirs, volontairement ou non. Ces somniums se font en temps limité (sinon la conscience de l’un est aspirée dans l’autre), qui n’avance que quand on fait des actions : sans bouger le temps est figé, quand on se déplace il défile un peu, et quand on fait une action du temps est retiré en fonction de ce qu’on demande ; il est donc impossible de tout tester, mais il y a généralement de la marge pour faire quelques erreurs.

Certains somniums ont plusieurs possibilités de résolution, et c’est là que l’on passe à la seconde originalité de la série : le jeu se déroule sur une timeline à embranchements, et au début on ne pourra en explorer qu’un seul. Une fois qu’on aura (obligatoirement) échoué à résoudre le premier mystère, on pourra revenir en arrière pour faire d’autres actions dans certains somniums : il y a donc plusieurs temporalités et plusieurs fins, mais une seule sera canon à la toute fin du jeu.

La difficulté de Nirvana Initiative est plutôt inégale. D’un côté, les enquêtes dans le « monde réel » sont « fléchées » et il est impossible de se tromper ni de rater quelque chose. Mais d’un autre côté, les somniums sont en dent de scie : ils alternent ceux qui se déroulent tous seuls avec ceux qui sont très difficiles (j’ai dû en recommencer certains un paquet de fois), même si je dois avouer que leurs difficultés collent bien avec les personnages et leurs secrets. Si vous écoulez l’intégralité du temps d’un somnium, le jeu propose soit de réessayer au dernier checkpoint, ce qui est généralement inutile car on conserve le temps passé sur les erreurs du début ; soit de reprendre du début, ce qui n’a aucun intérêt ludique car on se contente de résoudre des énigmes déjà résolues en mode avance rapide. Le jeu permet aussi d’avoir des aides, mais ça a tendance à tout résoudre tout seul plutôt que de donner des indices, ce qui est vraiment dommage.

Techniquement c’est assez propre, avec des chargements plutôt courts, même si les animations sont assez cheap.
Le jeu est tout en anglais avec les sous-titres anglais ou japonais.

Dans l’ensemble, AI The Somnium Files Nirvana Initiative est très sympa, et il y a des moments vraiment chouettes ; mais c’est aussi assez inégal et pas toujours très cohérent. J’ai passé un bon moment, mais pas autant que sur le premier.

Verdict : bon