AI: The Somnium Files

AI The Somnium Files est un mélange de visual novel et de point & click, réalisé par Kotaro Uchikoshi, qui a aussi fait la trilogie Zero Escape et World’s End Club.

On y incarne un enquêteur partiellement amnésique, qui possède une IA dans un faux oeil : on va enquêter sur un meurtre à l’aide de l’exploration du subconscient (le « somnium » du titre) des suspects ou des témoins, et qui semblera nous mener sur la piste d’un serial killer. L’histoire est très bien écrite, très bien rythmée avec des rebondissements en permanence, des zones d’ombres que l’on a envie d’éclaircir, et cela m’a maintenu en haleine jusqu’à la fin, sans jamais qu’il y ait de « creux » qui donne envie de faire une pause. Le ton oscille entre le gore et le glauque, avec des scènes assez difficiles, et l’humour léger et plutôt drôle, avec cette IA assez impertinente, et même quelques scènes émouvantes : le scénario est une vraie réussite.

Le gameplay est divisé en deux styles principaux : la plupart du temps en mode visual novel à l’ancienne, des écrans fixes où l’on va parler aux personnages mais aussi inspecter les décors pour trouver des indices ou des éléments de conversation ; et quelques phases d’exploration du subconscient, à l’aide de l’IA qui s’y retrouve matérialisée, pour chercher des indices dans un temps limité (bien qu’il ne défile que lorsque l’on bouge ou que l’on effectue une action). Dans les deux modes, la manière de progresser n’est pas toujours très claire : il faut chercher l’objet à cliquer qui nous permettra d’avancer, et parfois devoir le cliquer plusieurs fois, un peu comme dans Yu-No (mais beaucoup moins fréquent et moins absurde) ; mais en mode « somnium », il faudra en plus comprendre (ou plutôt apprendre) les actions qui font perdre du temps sans faire progresser, et régulièrement devoir relancer plusieurs fois ces phases jusqu’à trouver la bonne séquence d’actions, jusqu’à en devenir du pur die & retry sur la fin. Et alors que les choix de dialogue du mode visual novel n’ont aucun impact (il faut épuiser tous les choix de conversation pour pouvoir avancer, on ne peut même pas quitter la zone sans avoir parlé de tout), certaines actions dans le « somnium » vont créer des embranchements d’histoire.

En effet, c’est assez classique dans les visual novel, AI The Somnium Files possède plusieurs embranchements d’histoire : votre première partie mènera probablement à un game over « dossier non résolu ». Il faudra revenir aux embranchements précédents et tous les faire, pour pouvoir compléter l’enquête et en comprendre tous les tenants et aboutissants ; il est d’ailleurs possible d’accélérer les dialogues et cinématiques déjà vus (en maintenant une gâchette) pour aller à toute allure. Ces embranchements changent totalement le scénario : certains personnages meurent dans l’un et survivent dans un autre, par exemple, et donnent toujours de nouvelles informations, qu’il faudra recouper soi-même pour comprendre ce qui se passe, car le jeu est assez avare en notes et informations sur les personnages, jusqu’à débloquer la « vraie fin » une fois tous les « mauvais » embranchements parcourus. Tous les embranchements sont dans les somnium, et aucun n’est caché, bien qu’il ne soit pas toujours faciles à déclencher : vous n’aurez pas besoin d’une soluce pour terminer le jeu. Le premier embranchement dure environ 6h, les suivants sont plus rapides, jusqu’à avoir toutes les réponses en 20h30 environ ; les plus acharnés pourront rallonger un peu en cherchant quelques collectibles.

Techniquement le jeu est plutôt propre, bien que parfois un peu flou au niveau des textures, mais le style artistique très marqué fait que je n’y ai pas vraiment prêté attention. En revanche, il y a des petits chargements permanents, notamment lorsqu’un dialogue affiche une image ou une vidéo, ce qui bloque l’action et donne parfois un rythme haché aux discussions. Les éléments à cliquer sont parfois très petits, et il n’est pas toujours facile de les viser : dommage qu’il n’y ait pas de moyen de ralentir ou d’accélérer le curseur. Enfin, tout est doublé en anglais ou en japonais, avec des sous-titres en anglais : pas de trace du français, anglophobes passez votre chemin.

AI The Somnium Files est un excellent visual novel, qui vous absorbera dans son histoire glauque et rocambolesque, mais passionnante et très bien racontée, pendant une vingtaine d’heures. Un must-have, si vous aimez le genre.