The Making of Karateka

Karateka est un jeu d’action sorti en 1984, développé par Jordan Mechner : c’est son premier jeu commercial après quelques prototypes, et avant Prince of Persia. Je n’y avais jamais vraiment joué avant, à part quelques minutes lors de mon odyssée rétro des jeux de combat, que j’ai aussitôt oublié. C’est donc une découverte pour moi, et je n’en ai aucune nostalgie.

Pour passer rapidement sur le jeu, au cas où vous n’en ayez jamais entendu parler : c’est un jeu d’action dans lequel on avance vers la droite, et on affronte des ennemis un par un en combat de karaté simili-réaliste ; c’était la mode des films de Jackie Chan, Chuck Norris et compagnie. Il y a un petit scénario, avec une princesse à sauver et un méchant à affronter, qui paraît minimaliste aujourd’hui mais était notable à l’époque, surtout avec la mise en scène cinématique très poussée. C’est aussi le premier jeu à utiliser la rotoscopie, technique d’animation qui consiste à décalquer une série de photos pour donner un mouvement plus réaliste.

La gamme Gold Masters de Digital Eclipse retrace l’histoire d’un jeu, d’un développeur ou d’un éditeur avec beaucoup de vidéos et d’informations : une sorte de documentaire interactif. Il possède toute une partie sur Deathbounce, un jeu d’action arcade, avec plusieurs prototypes jouables en plus d’une version « moderne » recréée de manière moderne. C’est intéressant de voir la progression des différents prototypes d’un jeu qui change du tout au tout au fil des itérations, mais à part le fait qu’il serve « d’échauffement » à Jordan Mechner pour apprendre à développer, il n’a que très peu de rapport avec Karateka, et on sent bien que ce Making Of cherche un peu à remplir et justifier son existence : avoir un « The Making of Prince of Persia » avec Karateka présenté comme première étape aurait eu beaucoup plus de sens.

Tout comme Atari 50, The Making of Karateka est architecturé autour d’une timeline qui propose d’alterner entre vidéos, documents, et jeux : on passe ici beaucoup plus de temps à regarder des vidéos et lire des documents qu’à jouer, mais outre toutes les versions de Deathbounce précédemment mentionnées, sont inclus plusieurs prototypes Apple II de Karateka, ainsi que les versions Apple II, Commodore 64 et Atari 8 bits. Pour être complet il en manque beaucoup : Atari ST, NES, DOS, Amstrad CPC, MSX, ZX Spectrum… Ce ne sont certes pas forcément de bonnes versions, mais il aurait été intéressant d’y avoir accès, même si évidemment ça demande d’avoir un émulateur dédié à chaque fois pour une version qui n’intéresse personne. A noter qu’il est possible de regarder un « let’s play » intégré de chaque version si on veut voir la progression et les détails de chaque version sans avoir à tout faire soi-même.

La partie documentaire est pleine de vidéos et d’interviews, notamment de Jordan et son père (qui l’a aidé à l’époque) ainsi que de l’éditeur avec lequel il travaillait. Malheureusement la qualité des interviews est parfois médiocre, avec une caméra qui se promène en permanence comme si c’était filmé par un amateur avec caméra à l’épaule. On voit en revanche beaucoup de détails sur le fonctionnement de la rotoscopie, c’est très intéressant et il y a des tas de vidéos d’époque car Jordan Mechner a eu la très bonne idée de documenter son travail sur le jeu. Je regrette surtout quelques contre-vérités, du genre « il n’y avait pas de musique dans les jeux vidéo à l’époque » qui est factuellement faux (ça date au moins de 1980), même s’il est vrai que c’était encore rare sur ordinateur, et sans doute jamais utilisé de manière « cinématique » comme ici.

Enfin, un ajout de taille est présent : une toute nouvelle version du jeu, avec un pixel art rétro bien fichu, et non contraint par les limitations techniques de l’époque, en ajoutant notamment des animations dans l’arrière-plan, des effets de lumière, etc. Il est vraiment bon à jouer, avec un gameplay modifié pour être plus moderne tout en respectant l’original ; j’imagine que les fans y trouveront à redire, mais moi je le trouve bien plus agréable que l’original, même si évidemment ce n’est plus exactement la même chose. On peut également rajouter des aides pour la difficulté, comme des vies. Cette version ajoute une panthère (supprimée dans l’original) qui n’est pas inintéressante en théorie, mais en pratique est horrible à affronter et hyper mal équilibré : ça se finit à la frame près, c’est insupportable. Elle possède également un mode « commentaire » qui déclenche des commentaires de Jordan à des points fixes, ce qui est sympathique, mais un peu buggé : quand on se bat en faisant des allers-retours sur un endroit qui déclenche un commentaire, celui-ci se lance en boucle…

Comme toujours avec Digital Eclipse, ce « ludocumentaire » est d’excellente qualité, avec beaucoup de recherches, de documents inédits, de prototypes jouables, et même deux remakes complets. Il reste que le jeu lui-même est très léger, et qu’une fois les vidéos vues et le jeu terminé une fois (en quelques minutes), vous n’y reviendrez probablement pas.

Verdict : bon